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GRANDE DISTRIBUTION: Au royaume de la précarité, les serfs se rebiffent

Le commerce regroupe 636000 salariés, pour l’essentiel payé au SMIC. La hausse des prix y est immédiatement palpable vu la proximité des rayons, la misère des salaires aussi. Le patronat y est un des plus inflexibles et la chasse aux syndicalistes et aux fortes têtes est le sport favori de cette bourgeoisie qui compte parmi les plus grosses fortunes françaises. La Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) organise ces dirigeants et en veut encore plus : obtenir du Parlement l’ouverture le dimanche. Mais à force de brimades et de fiches de paye dérisoires les salariés agissent et s’organisent.

Pour la première fois dans le commerce, FO, CGT et CFDT appelaient l’ensemble des salariés de toutes les enseignes à se mobiliser le 1er février 2008. Cette journée était organisée pour faire pression sur la négociation nationale de la branche commerce concernant la grille des salaires qui n’a pas bougée depuis cinq ans. Il faut savoir que dans les trente et une branches de ce secteur, vingt-quatre sont en dessous du SMIC! Les revendications portaient aussi sur la possibilité pour les temps partiels de passer à plein temps et contre le travail dominical.

La mobilisation est allé bien au-delà des espérances. De nombreux magasins se sont retrouvés avec une ou deux caissières sur la ligne. Des chaînes comme Carrefour ou Auchan ont été massivement touchées par cette grève. Dans notre région, le point d’orgue a été atteint à Portet-sur-Garonne. Près de 500 grévistes y ont manifesté dans la galerie marchande et dans les magasins aux alentours, entraînant des débrayages spontanés.

Du côté du patronat, Michel Édouard Leclerc proposait une augmentation des salaires si l’État prenait en charge le peu de cotisations sociales encore payées par l’employeur. Jérôme Bédier, le président de la FDC, déclarait «ne pas comprendre ces grèves», il apportait aussi une solution pour en finir avec le temps partiel des caissières : le recours aux caisses automatiques! Mais il évoquait aussi un mouvement plus «politique». Justement la force du thème du pouvoir d’achat, la proximité des élections municipales et le succès de la grève appelaient à continuer
à battre le fer avant qu’il ne soit aussi dur qu’une fin de mois de caissière.

Malheureusement ce front syndical uni s’est immédiatement fissuré. Quelques jours après cette grève historique, FO acceptait les propositions patronales sous prétexte «de véritables négociations sur les temps partiels» et d’«un engagement formel à ouvrir une négociation si le
SMIC venait à augmenter plus tôt que prévu». Dans le même temps les autres directions syndicales tentaient de proposer aux salariés une journée d’action pour le lundi de Pâques, un des rares jours fériés respectés dans le commerce.

Cela sous prétexte de la difficulté à mobiliser. Après la journée du 1er février, on croit rêver. Finalement les salariés syndiqués et non syndiqués ont réussi à imposer des actions pour la semaine avant Pâques. Malgré l’éparpillement syndical et l’éloignement du 1er février on a compté cette semaine-là des grèves qui regroupaient de 15 à 30 % du personnel de la grande distribution, avec des pointes dès que des actions de soutien avaient lieu devant ces magasins.
Souvent le pessimisme était de mise sur les capacités à se mobiliser d’un salariat qui réunissait tous les facteurs pour rester docile : éclaté, précarisé,jeune, féminisé et sans syndicats implantés. Mais quand les salaires ne permettent plus de payer le loyer ou l’essence pour aller travailler, quand les heures de travail empêchent de voir sa famille ou ses amis, le travailleur
aussi précarisé qu’il soit est amené à se battre. L’intérêt de ces journées à été de montrer à ces salariés qu’ils n’étaient pas seuls à se sentir exploités et harcelés pour des clopinettes, que malgré la peur ils pouvaient ensemble peser sur les propriétaires et les actionnaires. Et cela se ressent immédiatement.

De nouvelles sections syndicales se sont ouvertes dans la région, de nouveaux délégués syndicaux ont été nommés, des contacts à la base se nouent avec les petites unités de quelques salariés, des grèves pour les salaires ou les conditions de travail se déroulent en permanence.
La situation semble favorable pour préparer les prochains rendez-vous qui auront lieu en mai quand le projet de loi de modernisation de l’économie sera examiné au Parlement. Projet qui prévoit entre autres l’ouverture des magasins le dimanche, proposition qui fait l’unanimité
des employés du commerce contre elle. Le royaume de la précarité a encore quelques jours devant lui, mais les damnés de la distribution ont commencé à se lever… et ça fait beaucoup de monde!

Lemmy Melt

Infos sur le commerce et services dans la région toulousaine sur le blog de l’UL CGT du Mirail, en pointe dans cette branche : ulcgtmirail.over-blog.com



Travail du dimanche

Les magasins d’ameublement sont désormais libres d’ouvrir le dimanche. Ce retour en arrière est l’oeuvre de la sénatrice UMP Isabelle Debré. Elle affirmait que son amendement permettait de garantir une rémunération supérieure pour les salariés qui travailleront le dimanche sur la base du volontariat. Cette affirmation était fondée sur une convention collective qui garantissait ces droits. Seul problème, la convention collective en question est applicable à toutes les entreprises d’ameublement… de Corrèze!

La convention collective du négoce de l’ameublement prévoit bien une majoration salariale et un repos compensateur en cas de «travail exceptionnel le dimanche». Mais elle est «inapplicable au salarié qui travaille habituellement le dimanche», selon un arrêt de la Cour de cassation du 31 janvier 2006.

Résultat pour les 70 000 salariés du secteur de l’ameublement : ils seront obligés d’aller travailler pour des clopinettes le dimanche.

AIRBUS

Nouvelle année record chez Airbus en 2007, après 2006 qui en était déjà une : 1 341 avions commandés soit, aux cadences actuelles, six années de travail. L’année 2008 démarre en fanfare avec une commande historique passée par le Pentagone portant sur 170 appareils, soit 35 milliards de dollars. La productivité a augmenté de 50 % (si! si !) au cours des trois dernières années. Quant à la trésorerie nette de EADS (le groupe dont Airbus fait partie), elle est passée de 4,2 milliards d’euros l’année dernière à un peu plus de 7 milliards en 2007. Les perspectives, elles, sont colossales avec un marché estimé à 25 000 avions à produire dans les vingt prochaines années.

Vous allez donc penser que tout va bien. Eh bien! non… tout va mal, parce que figurez-vous que le taux de rentabilité ne veut toujours pas passer à deux chiffres, et que ça, c’est dramatique
pour tout actionnaire normalement constitué.

Comment faire alors… Eh bien! notre actionnaire normalement constitué se met à gémir et à crier au loup. C’est que, voyez-vous, le dollar est trop faible par rapport à l’euro, la main-d’oeuvre est trop chère et puis les pouvoirs publics ne l’aident pas assez.

Licenciements et fermetures de sites à l’horizon…

Nous en sommes là aujourd’hui chez Airbus. Louis Gallois (EADS) et Tom Enders (Airbus) ont annoncé en début d’année que le plan Power 8, qui prévoit entre autres 10 000 suppressions
d’emplois et la vente de sept sites en Europe, serait renforcé. Pas question, donc, de lâcher sur quoi que ce soit. En France, le site de Méaulte et celui de Saint-Nazaire-ville sont vendus à Latécoère qui, dans le même temps, annonce la construction d’un site de production en Tunisie. Airbus se veut rassurant en disant qu’il reste dans le capital de la joint-venture pendant trois ans. Mais il n’y a pas besoin d’être devin pour dire dès aujourd’hui que nos camarades de Méaulte et Saint-Nazaire-ville iront pointer au chômage dans cinq ans au maximum.

Tout cela se fait avec la complicité tacite, si ce n’est active, des syndicats majoritaires. Après l’annonce de la vente des sites à Latécoère, Force Ouvrière raconte qu’elle restera vigilante
sur le statut des salariés des deux sites ; autrement dit la vente est entérinée…

La CGT reste le seul syndicat à être opposé à la vente des sites et elle a d’ailleurs organisé une manifestation à Saint-Nazaire le 9 avril. Le sort de l’usine de Saint-Éloi à Toulouse n’est pas encore scellé mais la production du site (les mâts réacteurs) est très facile à délocaliser et
cela pourrait très bien être la prochaine étape du vaste mouvement de restructuration de l’industrie aéronautique européenne.

Notre actionnaire normalement constitué de tout à l’heure s’est trouvé un nouvel Eldorado où la paix sociale est assurée (pour le moment), la maind’oeuvre pas chère et les pouvoirs
publics très accueillants. Ce nouvel Eldorado, c’est le Maghreb où EADS emploie déjà 10 000 personnes au Maroc. Le modèle de nos dirigeants c’est leur concurrent Boeing qui sous-traite
80 % de sa production. Pour eux c’est l’objectif à atteindre. Ce qui se joue là c’est l’existence de milliers d’emplois sur l’agglomération toulousaine, c’est la quasi-disparition de l’industrie
aéronautique de la région, même si les deux principales têtes de liste aux municipales à Toulouse (Moudenc et Cohen) se sont bien gardés de faire campagne là-dessus.

… et salaires en berne

Les négociations salariales annuelles viennent de commencer chez nous, une première réunion
vient d’avoir lieu : c’est la cerise sur le gâteau. Pour le personnel non cadre, la direction lâche, tenez vous bien… 1,5 % d’augmentation générale, plus 1,1 % d’augmentation individuelle (à la tête du client), quant à la prime de participation et à l’intéressement inutile de dire que l’on
peut s’asseoir dessus. Eh oui! n’oublions pas que l’entreprise fait face à de « graves » difficultés. EADS peut mettre du jour au lendemain 7 milliards d’euros sur la table… mais
non! pour nous, ce sera 1,5 % d’augmentation !

Décidément il y a des grèves et des coups de pied au c…l qui se perdent!

Correspondant

RÉFORME DE LA FONCTION PUBLIQUE: L’estocade

La Fonction publique est aujourd’hui au coeur du maelström. On aurait tort de voir dans les «réformes» annoncées une simple politique d’économie budgétaire, même s’il est évident que réduire les dépenses publiques fait partie des motivations du gouvernement. Éliminer 160 000 emplois dans les quatre prochaines années ne pourra se faire sans une remise en cause de la structure elle-même : son fonctionnement et ses missions, les deux volets étant totalement liés.


Ce n’est pas seulement une politique d’«austérité» Le statut des personnels de la Fonction publique d’État tient sa spécificité du fait que ceux-ci assurent une mission de service public. Il est la contrepartie de contraintes spécifiques qu’impose une mission de service public, par exemple assurer la présence desdits services sur tout le territoire, et permet de garantir à tous les usagers l’accès effectif à des services de qualité égale pour tous. Le statut garantit les conditions d’emploi, de rémunération et la définition des missions des fonctionnaires, et ce en
dehors de toute pression du pouvoir politique. Si celui-ci peut éventuellement modifier les règles statuaires, les agents ne sont pas taillables et corvéables au gré du bon vouloir du
ministre ou de ses représentants, ils sont au service du public avant d’être au service de leur employeur.

Il y a donc un lien obligé entre la mission et le statut des personnes qui l’assument : de même qu’il n’y a plus de service public dès lors que la mission est déléguée au privé (cf. l’eau). Il n’y a pas de réel service public quand les agents sont soumis à l’arbitraire patronal, fût-ce celui de l’État-patron.

Ce d’autant plus que, depuis 2001, la LOLF initiée par Jospin renverse la logique budgétaire : désormais c’est l’enveloppe budgétaire allouée qui impose la définition des missions et non plus la définition préalable des missions qui impose les moyens à y consacrer.

Le statut au coeur de l’attaque

La casse du statut passe notamment par le recrutement local des agents, la gestion individualisée des carrières et des rémunérations, c’est-à-dire à la discrétion des supérieurs hiérarchiques, lesquels définiront également les missions. À quoi s’ajoute la possibilité de licencier les fonctionnaires dont le poste aurait disparu (projet de loi sur la «mobilité dans la fonction publique »), ce qui, en période de restructuration des ministères et de suppression de postes, n’a rien d’anecdotique.

L’urgence : se battre

Le projet sarkozyen n’est donc pas seulement qu’il y ait moins de service public, mais qu’il n’y ait plus de service public du tout, au sens où nous l’entendons jusqu’ici. L’État assumera désormais des services non seulement réduits à la portion congrue mais de plus très inégaux selon les lieux et les publics visés. Le reste étant bien évidemment laissé aux bons soins du privé. Cette offensive libérale proprement réactionnaire est certes à l’oeuvre depuis de nombreuses années, mais ce que Sarkozy se propose de faire aujourd’hui n’est rien moins que porter l’estocade. L’enjeu est global, la société qui se profile est celle du cynisme et de l’individualisme, où les petits seront impitoyablement écrasés et laissés pour compte. C’est tout cela que combattent les enseignants et les élèves en grève dans les établissements de la région parisienne, comme le font à Toulouse, pour ne citer que ceux-là, les profs et parents du collège de Bellefontaine ou du lycée de Muret. Ils montrent la seule voie possible pour nous tous aujourd’hui : la lutte.

Marie-Cécile Périllat

Base élèves : le fichier de trop

Depuis 2005 se met en place nationalement l’expérimentation d’un fichier informatique centralisé et partagé entre Éducation nationale et municipalités appélé «Base élèves premier degré» (BEPD). À la rentrée 2009, tous les élèves du primaire (public, privé, CNED…) devront y être inscrits. L’administration fait la promotion de BEPD en arguant de l’intérêt pour les directeurs d’école (ce serait une excellent logiciel de gestion!), pour les inspecteurs d’académie (là, c’est sûr, c’est une excellent logiciel de contrôle des effectifs), pour les mairies (là aussi pour la gestion).

Mais BEPD n’est pas seulement cela. C’est un nouveau fichier contenant beaucoup d’autres données : absentéisme, lieu de naissance, RASED (enfance en difficulté), PPS (handicap), PPRE (difficultés scolaires présentes et passées). Champs non obligatoires, nous dit-on, mais jusqu’à quand et pourquoi sont-ils là? Le rapport Bénisti, déjà, proposait en 2004 de suivre les enfants susceptibles de «déviance» dès leur plus jeune âge : langue étrangère parlée à la maison, difficultés scolaires et indiscipline. Le 15 février 2008, a paru un décret permettant aux municipalités de constituer un fichier en croisant le fichier CAF et les informations de l’Éducation nationale sur l’absentéisme. Depuis un mois, ce sont les listes d’élèves de CM1 et CM2 en difficultés (avec PPRE) qui sont demandées par l’Inspecteur d’Académie pour les stages de «remise à niveau» pendant les vacances scolaires.

Le Collectif 31 «Base élèves : Non!», qui regroupe une quinzaine d’organisations (FSU, FCPE, LdH…), se bat depuis plusieurs mois pour informer, agir contre ce logiciel. Dans la Haute-Garonne, les communes de Saint-Orens, Castanet, Ramonville, Donneville et Toulouse (depuis les élections) refusent d’entrer et de se servir du logiciel. Nous devons tout faire pour que les autres villes du département fassent de même et pour que l’Éducation nationale ne puisse pas le faire fonctionner.

Patrice Soulié

ENVIRONNEMENT : Remunicipaliser l’eau

Interview d’Anne Bouzinac, présidente d’Eau secours 31, parue dans Rouge no 2239, du 14 février 2008.


Dans quelles circonstances a été créée Eau secours 31?

Anne Bouzinac. Peu de temps après les municipales de 2001, je militais à Attac, association au sein de laquelle une commission eau avait été créée. Cette commission travaillait plus sur des problématiques théoriques que pratiques.

Alors que j’habitais à Banyuls, j’avais été confrontée à la problématique du service de distribution de l’eau, après qu’un scandale eut éclaté. Cette première expérience m’a permis de me mettre en relation avec d’autres associations qui militaient déjà sur ce sujet, dont les réseaux qui étaient déjà en place, comme dans la ville de Grenoble, où l’eau a été remunicipalisée après l’affaire Carignon. D’autres associations existaient, mais pas une seule spécifiquement sur le problème de la remunicipalisation. Nous nous sommes donc tous réunis, associations, citoyens, militants politiques, en assemblée générale, pour constituer Eau secours 31. Les statuts de l’association ont été déposés en juin 2001.

Comment avez-vous suscité la mobilisation autour de la question de l’eau?

Anne Bouzinac. Toutes ces personnes, venues d’horizons différents, travaillaient de près ou de loin sur cette question. Nous avions décidé de nous appeler Eau secours 31, en référence à l’association de Grenoble et pour s’inscrire dans une dynamique plus nationale.
Nous avons déjà dû commencer à travailler sur les contrats et avenants, pas toujours facile à obtenir. Le fait d’avoir des élus dans l’association nous a aidé à obtenir tous les documents de la part de la mairie, et donc de mener une expertise afin de trouver les failles juridiques. Il nous a fallu deux ans pour récupérer toutes les pièces nécessaires.

Ainsi, nous avons porté plainte contre la mairie de Toulouse pour charges indues sur les factures. Il faut dire que le cas de Toulouse est assez emblématique de ce type de délégations, passées entre une mairie et ces multinationales. Le droit d’entrée – somme versée à la signature du contrat par l’entreprise sur le budget général de la ville – était d’environ 400 millions de francs, remboursé sur nos factures à un taux annuel de 14 %, ce qui permet de dire à la mairie sortante qu’elle n’a aucune dette, alors que ce sont les usagers qui remboursent.
La formule qui permettait de calculer le prix de l’eau, extrêmement complexe, incluait ce droit d’entrée ainsi que le coût du personnel à une hauteur de 50 %, alors que notre expert-comptable a déterminé qu’il était en fait d’environ 20 %. Ces chiffres coïncidaient avec l’enquête de l’UFCQuechoisir, qui dénonçait un taux de marge de 30 %.

Par quel biais attaquez-vous la mainmise de Veolia sur Toulouse?

Anne Bouzinac. Nous agissons de différentes manières : diffusions de tracts, réunions d’information, articles dans La Dépêche du Midi. Il faut bien avouer que nous avons eu de la chance d’avoir, à chaque initiative, une forte couverture médiatique. Au moment où nous avons déposé la plainte contre la mairie, les médias nationaux ont relayé l’événement. En plus de ces activités, nous publions un journal qui informe de l’avancée de nos investigations et de notre combat, ainsi que des initiatives à venir, comme la projection de films sur ce thème au cinéma Utopia. Nous avons également participé au forum social du Grand Sud, il y a trois ans, qui avait l’eau comme thème central.

Depuis la création d’Eau secours 31, nous avons toujours participé à ce genre d’initiatives locales, nationales, voire internationales, comme lors du Forum social européen, qui s’était tenu à Paris. Cette année, nous avons organisé des états généraux de l’eau dans toute la région afin d’élaborer une plate-forme commune. Elle a été proposée, par la suite, à tous les candidats
aux élections municipales. Certains engagements ont été pris par les candidats. Le plus surprenant a été la demande faite par […] Jean-Luc Moudenc, au dernier conseil municipal, d’étudier la possibilité d’une baisse du prix, alors qu’il n’y a eu ni baisse ni négociation à
cette fin depuis la signature du contrat.

Quelle a été la réaction de Veolia eau?

Anne Bouzinac. Au départ, Veolia eau faisait le dos rond. Mais, dès que nous avons déposé notre plainte au tribunal administratif,Veolia a sorti le grand jeu. À chaque mémoire déposé, Veolia en déposait un autre, alors que c’était la mairie qui était attaquée et non l’entreprise. Ces mémoires étaient rédigés par les avocats de Veolia – trois avocats du conseil d’État! Le tribunal a suivi à la lettre le mémoire déposé par Veolia jugeant non sur la surfacturation de l’eau – objet de notre plainte initiale –, mais sur le contrat. Quand nous avons attaqué, par la suite, sur le contrat, qui n’avait pas été soumis à l’avis du préfet et des administrés, notre surprise fut grande. Au même moment, l’Assemblée nationale discutait de la loi sur l’eau. Un amendement déposé à la dernière minute par un de «nos» députés permettait à tous les contrats signés avant 1996 (1994 pour Toulouse) et comportant quelques vices de forme de ne pas être attaquables en justice, loi rétroactive bien entendue. Loi de circonstance!

Où en êtes-vous aujourd’hui dans le processus de remunicipalisation de l’eau et de baisse des prix?

Anne Bouzinac. Pour des raisons idéologiques, notre but a toujours été la remunicipalisation : l’eau et l’assainissement doivent être gérés en régie directe. Une régie est, en moyenne, 20 % moins chère, car elle ne paye pas de taxe professionnelle, pas d’impôts sur les sociétés et elle n’a pas d’actionnaires à rémunérer. Nous attendons que les élus que nous avons rencontrés tiennent leurs promesses, comme celle de lancer un audit sur la gestion de l’eau pour permettre une véritable baisse du prix, en attendant que nos démarches juridiques aboutissent. Nous commençons à organiser, pour novembre de cette année, des états généraux de l’eau
sur l’environnement et la santé.

Propos recueillis par Thibault Blondin

MONTAUBAN: Les salariés de Leche Pascual en lutte pour leur dignité

Mercredi 27 février, nous étions présents au rassemblement qui avait lieu devant la laiterie de Leche Pascual.

Le 21 février dernier, la direction espagnole du groupe est venue annoncer brutalement l’arrêt de l’activité transformation et conditionnement du lait. Ceci implique la suppression de 39 emplois sur 45 existants. Cet arrêt de l’activité n’a qu’un seul but : augmenter la rentabilité de l’entreprise sans tenir compte du préjudice que subiront les personnes licenciées.

À l’annonce de cette nouvelle, les salariés ont décidé de se mettre en grève pour exiger des négociations. Ce qu’ils veulent : le maintien de leurs emplois ou, à défaut, une indemnisation du préjudice qu’ils subissent. La direction, quant à elle, ne propose que la mise en oeuvre des dispositifs habituels avec une possibilité de reclassement sur des postes… en Espagne.

Après dix-huit ans de bons et loyaux services, les salariés ont le sentiment d’être jetés comme de vulgaires mouchoirs en papier. Ils interpellent l’ensemble des acteurs politiques et économiques
sur la nécessité de maintenir les emplois sur Montauban car le site est rentable.

La dignité des salariés n’est pas à vendre et dans la négociation en cours, ils ont le sentiment que le stock de lait intéresse plus la direction que leur devenir. Unis et solidaires, ils sont déterminés à se battre et nous soutenons leur lutte.

Les salariés ont repris le travail le 7 mars après avoir obtenu le paiement des jours de grève et des indemnités de licenciement plus avantageuses que celles prévues au départ. Cependant le
conflit n’est pas terminé.

LCR 82, le 14/03/08

ITALIE

Au-delà du désastre annoncé Berlusconi a gagné les élections italiennes. L’analyse de Flavia D’Angeli, candidate de Sinistra Critica à la présidence du Conseil.

Comment analyser la victoire de Berlusconi?

Flavia D’Angeli. Depuis le début du gouvernement Prodi, nous avons critiqué sa politique, sur le plan social comme international, en expliquant qu’à force de courir derrière la droite, la gauche gouvernementale ne pourrait que la favoriser. Malheureusement, le résultat des élections va au-delà de nos prévisions, avec une victoire très large de Berlusconi. Le nouveau Parti démocrate (anciens du PCI et de la Démocratie-chrétienne), farouche partisan de la bipolarisation de la vie politique italienne, n’a finalement pris aucune voix à la droite. Il en a seulement gagné sur la coalition Arc-enciel1, qui se voulait la vraie gauche. En revanche, la droite s’est largement renforcée, avec notamment une poussée inquiétante de la Ligue du Nord, qui
recueille 8,5 % des voix. Un vote en partie ouvrier et populaire…

Et le score de Refondation Communiste?

Flavia D’Angeli. La coalition Arc-enciel a obtenu un peu plus de 3 %. C’est un véritable tsunami pour la gauche et, pour la première fois, la gauche radicale n’aura plus un seul élu dans les Assemblées. C’est la fin de la période ouverte en 1991, avec la création de Refondation communiste (PRC) comme tentative de sortir à gauche de la crise du stalinisme. Mais deux ans de cogestion gouvernementale avec Prodi ont abouti à ce désastre et à ce gâchis. Le PRC qui, certes, n’était pas implanté socialement mais avait toujours bénéficié d’un vote d’opinion, a perdu toute crédibilité en appliquant une véritable politique de trahison du monde du travail.
En outre, il a présenté le président sortant de la Chambre, Fausto Bertinotti, comme candidat au poste de président du Conseil, mais on ne peut pas jouer à la fois tous les rôles d’une comédie. N’a-t-il pas, à quelques mois de distance, déclaré que «nos soldats au Liban sont la vitrine du pays» et qu’il fallait gouverner avec l’administrateur de Fiat (présenté comme représentant de la «bonne bourgeoisie») pour, durant la campagne, faire appel à la lutte de classe et à l’internationalisme. Les gens en ont eu marre. Désormais, c’est la crise totale.

La fédération Arc-en-ciel va exploser, avec des vieux staliniens qui, ayant tout avalé, vont ressortir les drapeaux rouges et la faucille et le marteau. Mais c’est dérisoire et ce sera un échec. Les morts ne peuvent pas sauver les vivants. Cette coalition sera incapable de faire de la politique sans appareil, sans argent et sans élu. Quant à Bertinotti, il vient d’annoncer son retrait. Le mieux qu’il puisse faire serait d’abandonner la politique. Sa seule réussite aura été de faire ce
qu’Ochetto, le dernier secrétaire général du PCI, n’avait pas pu en 1991 : détruire la gauche italienne.

Et pour ce qui est des résultats et perspectives de Sinistra Critica?
Flavia D’Angeli. Dans cette situation de déroute généralisée à gauche, on s’en sort plutôt bien pour une formation politique n’ayant que trois mois d’existence et un budget de 20 000 euros. Nous obtenons 0,5 %, soit près de 200 000 voix. Il est intéressant que, là où nous sommes
actifs, nous obtenons plus de 1 %, notamment à Rome, Turin ou Milan, et 2,7 % à Val de Suza, près de Turin, où se déroulent des luttes importantes pour la protection de l’environnement.
Face à une gauche en ruine, en se présentant partout et en faisant ainsi connaître notre existence, nous avons rencontré un écho bien supérieur à notre score, notamment grâce à la campagne télévisée. Nous avons désormais les moyens d’engager la reconstruction d’une vraie gauche qui ne renonce pas.

C’est une tâche énorme, dans un contexte très difficile, mais on a réussi à sauver un collectif large de militants qui ne sont pas prêts à se résigner. La campagne nous a permis d’obtenir des centaines de nouveaux contacts et de doubler le nombre de villes où nous sommes présents. Sans parler de tous ceux qui se sont reconnus dans nos propositions mais ont voté «utile». Le monde du travail va souffrir. Résister et reconstruire, c’est notre perspective.

Propos recueillis par Alain Krivine

1. Composée du Parti de la refondation communiste, des Verts, du Parti des communistes d’Italie et de l’aile gauche des anciens Démocrates de gauche.

AFGHANISTAN Dehors les troupes impérialistes

La semaine dernière, la motion de censure déposée par le PS contre l’envoi de 700 soldats supplémentaires en Afghanistan a été repoussée. Sans grande surprise. Ainsi le contingent français sera-t-il de 3 000 hommes sur les 47 000 engagés dans un pays d’à peine 20 millions d’habitants, l’un des plus pauvres de la planète. Une véritable opposition à l’intervention des puissances impérialistes, sous la houlette de l’OTAN, est à construire.


Fillon a eu beau jeu d’ironiser contre François Hollande, en rappelant que c’était Jospin, avec Chirac, qui avait engagé, en 2001, la France en Afghanistan après les attentats du 11 Septembre. Hollande et le PS disent avoir voulu condamner «le changement de nature de notre engagement
en Afghanistan». Une façon de ne pas condamner leur propre politique passée, mais la seule chose qui ait changé, c’est qu’il est devenu bien difficile de prétendre intervenir au nom de la démocratie et de la lutte contre le terrorisme, alors que la situation connaît la même dégradation qu’en Irak.

Les talibans sont loin d’être vaincus. La guerre a fait, l’an dernier, 8 000 morts, dont 230 militaires de l’OTAN, et plus de 160 attentats suicides ont eu lieu. Et les statistiques officielles sont loin de rendre compte des souffrances de la population, en particulier des femmes sur lesquelles pèse particulièrement le poids de la guerre. La production d’opium n’a jamais été aussi élevée. Sur les 25 milliards de dollars d’aide internationale promis depuis 2001, seuls 15 sont parvenus à Kaboul.

Sarkozy poursuit un double objectif : gagner les faveurs des États-Unis et, en réintégrant officiellement l’OTAN, se mettre en position offensive pour entamer la présidence française de l’Union européenne. Son alignement sur les États-Unis vise à monnayer une place pour la France dans le cadre d’une future défense européenne.

Le PS n’y est pas réellement opposé. «Je ne suis pas hostile à ce que l’on en discute, mais là encore, il ne faut pas rentrer dans l’OTAN pour rentrer dans l’OTAN, sans la possibilité d’exercer le moindre contrôle politique et militaire», a déclaré Jean-Marc Ayrault. Une opposition pour le moins complaisante.

Il ne faut pas oublier non plus que «l’Afghanistan, avec la grâce de Dieu, est le plus riche pays de la région en minéraux», selon les propos de son ministre des Mines. Son territoire, un peu plus
grand que la France, recèle du cuivre, du pétrole, du gaz, du minerai de fer, ou encore de l’or et des pierres précieuses. Ce qui lui donne non seulement une position stratégique, mais un attrait
pour les capitaux au moment où les prix des matières premières flambent.

Nous avons, nous, toute raison de combattre les ambitions personnelles de Sarkozy autant que celle des financiers. C’est dans ce but que nous avons adressé une proposition de rencontre à l’ensemble des partis de gauche. À Paris, une réunion a eu lieu la semaine dernière à l’initiative du Mouvement de la paix, à laquelle ni le PS ni le PCF n’étaient présents. Une nouvelle réunion est prévue le 22 avril, pour associer le plus largement possible à la mobilisation nécessaire sur les trois mots d’ordre : troupes françaises hors d’Afghanistan, la France hors de
l’OTAN, pas un euro pour la guerre!

Yvan Lemaitre



Souscription 2007 / 150000 €
récoltés 94000 €/ manquent 56000 €

Non, la LCR ne sort pas ruinée de l’élection présidentielle : nous avons construit notre budget de campagne de manière à ce qu’il soit couvert, pour l’essentiel, par le forfait de 800000euros accordé par l’État à chaque candidat. D’autres partis ont été moins prudents… Renforcée, non seulement par le nombre de voix qui se sont portées sur Olivier Besancenot, mais aussi par l’écho de la campagne, pour la première fois, la LCR a présenté ou soutenu plus de 500 candidatures aux élections législatives, beaucoup plus que ce que nous avions prévu et budgétisé. Et là, pas de remboursement de l’État.

Mais les activités de la LCR ne s’arrêtent pas à cela :
– Nous voulons que de nombreux jeunes, chômeurs, salarié-e-s précaires puissent participer à notre Université d’été, au-delà des contraintes financières.

– Nous voulons pouvoir être présents, dès maintenant, avec des affiches, des tracts contre la politique de Sarkozy et sa bande de tueurs des droits sociaux et démocratiques.

– Nous voulons que notre hebdomadaire, Rouge, puisse vivre.
Nous savons que vous comptez sur la LCR pour les luttes futures. La LCR compte sur vous pour l’aider à les mener. En 2006, comme en 2005, nous avons réussi la souscription et dépassé les 150000 euros. En 2007,nous ne doutons pas que nous ferons aussi bien.

D’avance, merci à toutes et tous

Participez à la souscription en envoyant vos chèques pour "lcr souscription" à lcr31 9, rue corneille 31300 Toulouse