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DECAZEVILLE «Cette grève nous a fait un bien fou!»

Un long conflit pour les conditions de travail et la dignité, une combativité exemplaire. Pour en parler le Piment a rencontré Samir Saadane, 45 ans, employé du Géant Casino de Decazeville depuis vingt ans, délégué CGT depuis 2005.



Le Piment rouge. Depuis combien de temps prépariez-vous cette grève?

Samir Saadane. Cette grève couvait depuis deux ou trois ans car nous manquions de plus en plus de considération, sans parler des salaires qui ne progressaient pas. La goutte qui a fait déborder le vase c’est l’extension horaire d’une demi-heure le soir.

Le Piment rouge. Quelles étaient vos revendications au début de la grève?

Samir Saadane. La suppression de l’extension horaire, une amélioration des salaires, une meilleure considération par la direction qui ne savait répondre aux personnels que par des «si tu n’es pas content tu n’as qu’à aller travailler ailleurs», une charge de travail de plus en plus lourde et pas de reconnaissance du travail accompli, etc.

Le Piment rouge. Comment s’est déroulée la grève?

Samir Saadane. Nous attendions la réponse définitive de la direction sur l’extension horaire le 18 octobre et nous avions décidé de nous mettre en grève dès le 19 si la réponse était négative. La grève a duré 14 jours sans compter les dimanches, sans aucune défaillance, nous sommes partis à 95 % du personnel en grève et nous sommes rentrés à 95 %. Nous avons eu un immense soutien de la population, les clients n’allaient plus au magasin, il y a eu deux manifestations (le 26 octobre et le 6 novembre) qui ont réuni chacune un bon millier de personnes en présence de tous les syndicats, des partis politiques, des élus locaux qui nous ont fait très chaud au cœur et nous ont aussi donné de l’espoir. Les dons ont afflué de partout, le PCF a organisé un quine et les associations culturelles ont organisé un concert avec douze groupes de musiciens locaux qui se sont produits bénévolement.

Le Piment rouge. Comment s’est conclu le conflit?

Samir Saadane. À la fin de la deuxième semaine de grève nous n’avions toujours pas gagné sur la demi-heure d’extension horaire mais nous avions avancé sur pas mal de points : les temps partiels imposés qui se transformaient en temps pleins, 2 CDD qui passaient en CDI, le travail du dimanche sur la base du volontariat…

Le Piment rouge. Quelle est l’ambiance au magasin après la reprise?

Samir Saadane. Nous sommes rentrés tous ensemble dans une ambiance très chaleureuse. Nous nous sentons beaucoup plus solidaires et unis qu’avant le conflit, les salariés se parlent beaucoup plus. La direction et l’encadrement font beaucoup plus attention à ce qu’ils nous disent et comment ils le disent. Il était prévu trois dimanches d’ouverture en décembre et ils sont tous annulés par manque de volontaires. Cette grève nous a fait un bien fou!

Propos recueillis par Alain Zaratte

TARBES: Parti antilibéral

Le projet porté par une partie du PCF (Gayssot et les refondateurs) de créer un parti anti-libéral sur le modèle de Die Linke en Allemagne est-il le même que le nôtre? Un certain nombre de camarades semblent le penser. En tout cas, un débat,organisé par la fédération du PCF des Hautes-Pyrénées, le 28 novembre, avec François Delapierre (PRS-PS), Pierre Zarka et Marie-Pierre Vieu du PCF, et Christian Picquet du courant Unir de la LCR, devrait les détromper…

La démarche qui est proposée est de reproduire le processus qui a permis de mener campagne ensemble lors du référendum de 2005 sur le Traité européen, pour créer une nouvelle force politique, un parti antilibéral. Or, depuis le 29 mai 2005, un certain nombre d’événements politiques se sont produits, synthèse des «nonistes» et des «ouistes» au congrès de Metz du PS, proposition de Marie-George Buffet de réconcilier le «oui» et le «non»… S’il voyait le jour, ce nouveau parti, menant la même politique que le PCF aujourd’hui, se heurterait aux mêmes impasses stratégiques.

Un parti des luttes

Et l’élection de Sarkozy implique-t-elle qu’il faille à tout prix se rassembler,sans se préoccuper du contenu de l’unité, au moment ou le PS soutient les projets gouvernementaux? Le cycle de résistances et de luttes qui s’est ouvert avec la grève des cheminots prouve, au contraire, qu’il y a des divergences pratiques. À moins de vouloir construire un parti «hors sol», force est de constater que les courants «antilibéraux» (direction du PCF, directions syndicales de la CGT ou de la FSU) ont fait leur possible pour stopper la grève, ou ne pas lui donner de perspectives. Alors qu’est apparu à nouveau, comme pendant la lutte contre le CPE, un courant militant, dans les assemblées générales, qui s’est efforcé de faire converger, de généraliser la lutte.

Un nouveau parti se construira avec ces courants militants, et non pas en marchant sur la tête dans des alliances municipales avec la direction libérale du PS, comme le font Marie-Pierre Vieu et le PCF à Tarbes, qui intègrent la liste de Jean Glavany (voir le Piment rouge n°66).

Un parti internationaliste

Mais puisque Jean-Luc Mélenchon et Marie-George Buffet nous proposent un Die Linke à la française, chiche! Qu’ils commencent déjà au Sénat, pour le premier, au Parlement, pour la seconde, d’exiger le retrait des troupes françaises d’Afghanistan et de partout dans le monde, particulièrement en Afrique, où elles sèment mort et désolation. Car s’il est un point sur lequel Die Linke mène réellement campagne, au Bundestag et dans la rue (manifestation à Berlin du 29 septembre), c’est contre la guerre impérialiste et pour la paix : «Bundeswehr, raus aus Afghanistan!» («Armée allemande, hors d’Afghanistan!»).

Qu’ils fassent d’abord leurs les propos d’Oskar Lafontaine au congrès de fondation de Die Linke, le 16 juin 2007 : «Karl Liebknecht était un homme qui savait résister. Il a inauguré l’héritage du mouvement ouvrier en se dressant contre la guerre, quand il avait voté contre les crédits de guerre au Reichstag allemand. Et en ce sens-là nous nous sentons aussi proche de l’homme qui, dans le temps, m’avait incité à m’engager dans la politique, le porteur du prix Nobel de la paix, Willy Brandt, et de ce qu’il a dit :“Plus jamais de guerre partant du sol allemand!”»

Alors, chiche! Jean-Luc et Marie-George. Comme Jean Jaurès en 1914, à quand votre cri de parlementaires antilibéraux conséquents à la tribune du Sénat et de l’Assemblée nationale : «Plus jamais de guerre partant du sol français»?

Christian Zueras et Pierre Granet

ÉTATS GÉNÉRAUX DE L’EAU À TOULOUSE: Succès, le 8 décembre

À l’initiative de l’association Eau Secours-31, les États Généraux de l’Eau du Grand Sud-Ouest (Aquitaine, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées) ont réuni près de quarante associations de l’eau, comités Attac et Collectifs unitaires de défense des services publics. Des associations d’autres régions se sont jointes ou ont apporté leur soutien à cette journée : Quimper, ACME, Eau Secours-Île de France, ATTAC-national, Convergence nationale de défense du service public.

L’objectif de la journée était l’adoption d’une plate-forme pour interpeller partis et candidats lors des prochaines élections municipales.Ceci afin qu’ils se prononcent pour le retour ou le maintien en régie des services de l’eau et de l’assainissement et pour la mise en œuvre d’une politique favorisant le contrôle démocratique de la population sur la gestion de ces services.

La plate-forme contient par ailleurs des exigences sur la qualité de l’eau et la préservation de la ressource. Les médias locaux ont largement rendu compte de la journée.Au niveau national, l’objectif est que le maximum d’associations signent la plate-forme et l’utilisent dans la campagne des municipales. Si tel est le cas, une initiative de portée nationale sera prise d’ici mars 2008. Quant au Grand Sud-Ouest, une nouvelle rencontre aura lieu d’ici un an, pour faire le bilan de cette campagne et débattre d’autres thèmes relatifs à l’eau.

Lucien Sanchez

Pour toute demande d’informations : claude.marc1 (@) free.fr

Chasse aux étrangers: communiqué

La Préfecture de la Haute-Garonne bafoue le secret professionnel des fonctionnaires et agents publics et le droit au respect de la vie privée et renforce l’organisation de la chasse aux étrangers.

Une note interne fait apparaître que, sous prétexte de «lutte contre les fraudes», la Préfecture de la Haute-Garonne tente actuellement de mettre en place, dans le plus grand secret et dans le mépris du secret professionnel des fonctionnaires et du droit des citoyens au respect de leur vie privée, un système d’échange d’informations entre tous les services administratifs et de dénonciation aux services de police et de gendarmerie par l’ensemble des fonctionnaires et agents des services publics du département.

Sous l’égide de la Direction de la réglementation et des libertés publiques de la Préfecture de la Haute-Garonne, est mis en place un «groupe de référents départementaux et des organismes sociaux en matière de lutte contre les fraudes à l’identité». Des agents référents» de la CPAM, de l’URSSAF, de la CAF, des services fiscaux, des ASSEDIC, de l’ANPE, de la CRAM, de la DTEFP, de la DDASS, de l’ANAEM devront participer à une formation organisée par la Police de l’air et des frontières (PAF). Selon cette note, les agents des administrations devraient notamment faire appel à la PAF, à la police et à la gendarmerie à chaque fois qu’ils auront un simple doute sur l’authenticité des documents qui leur sont présentés par les administrés, contrôler l’identité des patients. De plus, dans une note datée du 10 octobre 2007, la Direction de la réglementation et des libertés publiques, qui, sous prétexte d’efficacité, souhaite agir dans la confidentialité, forme le vœu d’une extension des fichiers au niveau national et de «la possibilité de croiser les informations sans croiser les fichiers nationaux car interdiction de la CNIL»en instituant des réseaux de correspondants dans chaque organisme ou administration.

Il est prévu que les entreprises publiques ou remplissant une mission de service public soient également impliquées. Dans une note préalable, la Préfecture de Haute-Garonne annonçait clairement que cette initiative, répondant à une «logique de réseau», se situait dans le «plan de lutte contre les fraudes commises par des ressortissant étrangers».

La note du 10 octobre implique, entre autres incitations :
– l’identification des personnes en situation irrégulière ou d’éloignement,
– les fraudes à l’hébergement, la «couverture» de situation irrégulière,
– l’amélioration du contrôle de la résidence déclarée.

La Police aux frontières (PAF) est le maître d’œuvre de ce dispositif.

Il s’agit donc bien d’organiser, au niveau des organismes sociaux, un système de signalement systématique, et de faire de leurs agents des auxiliaires de police. Il est symptomatique que la Justice, en l’occurrence le Procureur de la République, soit absente du processus envisagé,
les seuls interlocuteurs désignés étant les services de police.

Les organisations signataires s’insurgent contre cette nouvelle tentative de bafouer, hors de tout cadre légal et dans le plus grand secret, le secret professionnel auquel sont soumis les fonctionnaires, qui protége l’usager du service public contre la divulgation d’informations à caractère secret. Le respect de cette obligation est le corollaire du respect de la dignité de la personne humaine, principe doté d’une valeur constitutionnelle, et du droit de tous les citoyens au respect de leur vie privée.

Après la loi Perben II du 9 mars 2004 et la loi sur la prévention de la délinquance du 5 mars 2007, les atteintes au secret professionnel sont désormais renforcées par de simples pratiques et notes administratives sans valeur légale.

Une telle initiative indique très clairement que se poursuit, en la renforçant, une politique de «xénophobie d’État», par la mise en place de fichages et d’incitation, voire d’obligation administrative, à dénoncer des situations irrégulières ou anormales. En l’occurrence, tous les citoyens et personnes résidant sur le territoire national sont menacés.

Toulouse, le 27 novembre 2007

Union départementale CGT 31. FSU 31. Ligue des droits de l’Homme – Toulouse. Solidaires 31. Syndicat des avocats de France, Toulouse. Syndicat de la Magistrature, Toulouse. UNSA Conseil Général 31. UNSA Éducation.

Depuis ce communiqué, la LdH a saisi la CNIL.

Égalité hommes-femmes: le grand bluff de Sarkozy

Le lundi 26 novembre, s’est ouverte la «Conférence sur l’égalité salariale et professionnelle» entre gouvernement et syndicats. Bluff et paillettes au menu…

Nicolas Sarkozy a annoncé la fin des inégalités entre hommes et femmes dans le monde du travail pour 2009. Moins de deux ans pour venir à bout de la différence de salaires moyens (27 % de moins pour les femmes), le moins qu’on puisse dire est que l’objectif est ambitieux! Irréaliste, aussi.

Les chiffres suivants illustrent les différences de traitement entre hommes et femmes dans la sphère professionnelle : ces dernières occupent 83 % des emplois à temps partiel, 59 % des emplois aidés ou des CDD, 80 % des salariées payées en dessous du Smic. Elles sont intonnées dans seulement six catégories professionnelles sur les vingt existantes.

Côté chômage, ce n’est pas mieux : les femmes représentent 54 % des chômeurs inscrits à l’ANPE et 57 % de ceux qui ne sont pas même indemnisés.

Passée la retraite, les choses ne s’arrangent pas : elles touchent en moyenne une pension inférieure de 40 % à celle des hommes. Et les lois qui se sont succédé au cours des vingt-cinq dernières années n’ont pas changé grand-chose. Sans mesures contraignantes pour les employeurs, elles sont restées presque sans effet. La nouvelle conférence ne peut qu’accoucher d’une souris.

Toute la politique de Sarkozy va à l’encontre de l’égalité hommes-femmes :suppression de postes dans la fonction publique, alors que les femmes sont très représentées dans ces secteurs; destruction des services publics; allongement des durées de cotisation pour les retraites alors que, avec des interruptions de carrière et plus de chômage, les pensions des retraitées vont encore diminuer énormément; ouverture des magasins le dimanche… Le durcissement des politiques d’immigration rend la vie des femmes étrangères, et notamment sans papiers, toujours plus difficile.

Rattrapage immédiat des salaires Nous regrettons tout d’abord que les confédérations syndicales soient obligées d’attendre une initiative du gouvernement pour que la question de l’égalité hommes-femmes soit abordée à nouveau. Dans les entreprises, des négociations sont obligatoires entre syndicats et employeurs sur cette question.

Mais s’il faut discuter,rien n’oblige à aboutir… Les bilans annuels d’égalité hommes-femmes sont l’occasion de faire le point. Aux équipes syndicales dans chaque entreprise de s’en saisir!

Mais cela ne peut suffire : nous revendiquons un rattrapage immédiat des salaires. Il faut exiger l’augmentation de tous les salaires de 300 euros net ainsi qu’un Smic à 1500 euros net par mois, la suppression du temps partiel imposé en garantissant le passage à temps plein automatique sur simple demande de la salariée, la reconnaissance par le code du travail que le temps partiel est une forme de précarité et non un temps choisi, l’obligation pour les employeurs de payer les mêmes cotisations sociales que pour les temps pleins.

De même, il faut exiger l’interdiction des horaires flexibles,la réduction du travail de nuit – pour les femmes comme pour les hommes – aux stricts besoins sociaux. Sa pénibilité doit être compensée par une durée de travail inférieure et un départ anticipé à la retraite.

Il n’est pas possible de parvenir à une véritable égalité au travail sans un réel partage des tâches à la maison. Les femmes assurent encore 80 % des travaux domestiques et c’est un frein à leur carrière.Nous demandons donc la création d’un service public d’accueil des jeunes enfants et de prise en charge des personnes âgées dépendantes avec des emplois stables et de qualité.

Commission féministe de la LCR


La LCR est partie prenante de la mobilisation initiée dans le cadre du Collectif national pour les droits des femmes sur l’égalité professionnelle.

Guantanamo-sur-Garonne

Dans l’édition de La Dépêche du Midi du 29 novembre 2007, Jean-Luc Moudenc, ci-devant maire de Toulouse, préconisait, à propos des incidents dans les quartiers populaires «des arrestations sans procédure» car «tant qu’on sera dans des moyens de droit ordinaire, ce droit sera piétiné». Comme il est difficile de mieux résumer ce qu’est un régime autoritaire en matière des droits des citoyens, nous proposons donc à M. Moudenc d’aller au bout de ses «idées» et de construire un Guantanamo II au Mirail, sponsorisé par la société Taser qui devrait en être ravie.

TCHAD Militaires français, camouflage européen

L’enlèvement d’enfants par L’Arche de Zoé, au Tchad, a ramené sur le devant de la scène la mise en place d’une force militaire européenne au Tchad et en Centrafrique, à la frontière du Soudan (article publié dans Rouge n°2227, 15 novembre 2007).


Tous les journalistes ont noté que le dictateur tchadien, Idriss Déby, instrumentalisait l’affaire de L’Arche de Zoé pour «faire monter les enchères» concernant le déploiement de la force européenne Eufor-Tchad/RCA. Mais aucun n’a jugé utile de revenir sur le bien-fondé de cette initiative. Rédigé par la France, le mandat de l’ONU qui l’autorise reste volontairement très flou.

Officiellement, il s’agit d’une mission de police de l’ONU (Minurcat), appuyée par une force militaire européenne (Eufor), qui devrait regrouper environ 4000 hommes, pour sécuriser les camps de réfugiés et aider au retour de ces derniers. Louables intentions… mais vraisemblablement sans rapport avec les motivations réelles.

French doctor et Mister Guerre

On se souvient de Bernard Kouchner paradant, en juin dernier, dans le camp de Goz Beida, à l’ouest du Tchad, tandis que l’armée française mettait à disposition quelques hommes pour convoyer des vivres.

Une anecdote, rapportée par l’ONG Human Rights Watch 1, est plus révélatrice : en décembre dernier, tous les vols humanitaires ont été suspendus sur l’aéroport d’Abéché, car l’armée française refusait de fournir du carburant au programme alimentaire de l’ONU, tout en en fournissant aux hélicoptères de combat de l’armée tchadienne… Du Biafra (1968) au Rwanda (1994), Kouchner est préposé à la dissimulation humanitaire de l’impérialisme français. Mais les militaires français n’ont que faire des réfugiés, ils protègent leur pré carré (Tchad et Centrafrique), et gardent un œil sur les intérêts pétroliers français au Soudan.

Idriss Déby finance, en sous-main, certaines rébellions hostiles à la junte soudanaise, laquelle lui rend la pareille sur son territoire. Sécuriser les populations de la région impliquerait de mettre fin à cet échange de bons procédés, mais l’Eufor n’en a ni le mandat, ni les moyens. Si la France voulait venir en aide aux réfugiés de la région, elle cesserait d’abord de soutenir inconditionnellement ceux qui causent leur perte. Au Tchad, elle persiste à encourager Déby dans une logique de guerre, alors que les organisations de la société civile réclament une conférence nationale élargie à toutes les factions politiques et militaires se disputant la rente pétrolière. En Centrafrique, les militaires français couvrent les crimes de guerre commis systématiquement depuis plusieurs mois contre les populations du Nord, celles qu’on prétend aujourd’hui protéger.

Néocolonialisme et contradictions européennes

Mais pourquoi faire appel à une force européenne, alors que les militaires français sont déjà largement présents sur place ? Depuis plusieurs années, on s’efforce de nous convaincre qu’une page est tournée en matière d’interventions militaires françaises en Afrique. La nouvelle doctrine affirme que l’armée française doit se débarrasser de l’image de «gendarme de l’Afrique», et elle ne jure plus que par les interventions multilatérales (menées par plusieurs pays) et sous mandat de l’ONU, lieu de «production de légitimité» 2 s’agit moins d’un changement de politique impérialiste – les interventions unilatérales récentes au Tchad et en Centrafrique le prouvent – que d’une tentative pour la poursuivre tout en limitant les accusations de néocolonialisme qui se développent en France comme en Afrique, et qui pourraient la compromettre.Il y a également un enjeu en termes de construction d’une Europe militaire, pour des interventions en Afrique qui resteraient sous le leadership de la France, soumises à ses intérêts et indépendantes de l’Otan. La France a ainsi été à l’initiative de deux précédentes interventions européennes en Afrique, toutes deux en République démocratique du Congo (RDC) :

l’opération Artémis, en 2003, et EuforRDC, en 2005. Cette dernière avait pour mandat de sécuriser l’élection présidentielle, et elle avait allié une forte participation allemande. Le ministre de la Défense allemand de l’époque avait révélé le réel enjeu de l’opération, à savoir les bénéfices que l’industrie allemande pourrait tirer de la stabilisation de l’exploitation minière en RDC.Aujourd’hui, en revanche, les militaires français, qui vont composer la moitié des effectifs de l’Eufor, peinent à trouver des partenaires européens de poids, faute d’intérêts communs, et ils ont donc sollicité des contributions modestes de divers «petits» pays. Les craintes de s’enfoncer dans un bourbier purement françafricain sont d’autant plus grandes que ni les rebelles, ni le président tchadien ne voient l’opération d’un très bon œil.

Le souhait initial du secrétaire général de l’ONU était une force aidant à la résolution de la crise politico-militaire tchadienne, et de ses implications avec le Soudan. Déby, qui ne tient au pouvoir, depuis 1990, que par des élections truquées et grâce aux Mirage français, n’a accepté la force européenne qu’avec la garantie française de rester maître du jeu. Les rebelles y voient une initiative française pour
consolider le pouvoir de Déby, et ils ont annoncé qu’ils abattraient les avions militaires français qui les survolent. Les réfugiés ne sont malheureusement pas près de rentrer chez eux.

Robin Guébois

1. «Trop jeunes pour la guerre : les enfants sol-
dats dans le conflit tchadien», juillet 2007.
2. Lire Rouge no 2226 et voir, par exemple, la
manière dont cette question est posée dans le
rapport «La France et la gestion des crises afri-
caines : quels changements possibles?», com-
mission des affaires étrangères du Sénat (UMP,
UDF, PS, PCF).

Troupes françaises, hors d’Afrique!

Le Tchad et le Centrafrique sont considérés, par l’état-major, comme la plaque tournante de la présence militaire française en Afrique. Depuis les indépendances, l’armée française y fait et défait les régimes, portant la plupart du temps au pouvoir des militaires qu’elle a formés. Au Tchad, près de 1000 hommes stationnent en permanence. Il ne s’agit pas officiellement d’une base militaire permanente, mais d’une opération provisoire (Épervier), qui dure depuis 1986. En Centrafrique, la France avait deux bases militaires, à Bouar et à Bangui, qu’elle a fermées en 1998… sans jamais réellement partir. Elle a toujours maintenu des soldats en nombre variable, dans le cadre de différentes opérations. La dernière en date est l’opération à Boali, depuis 2002, qui s’est encore renforcée à l’occasion des interventions militaires françaises à Birao l’année dernière. Elle compte actuellement au moins 250 légionnaires et parachutistes.

Au-delà d’Annapolis, Gaza affamé…

Une semaine après la conférence «de paix» d’Annapolis, le porte-parole du ministère de l’Habitat israélien, Kobi Bleich, a annoncé la construction de 307 logements à Har Homa, Jérusalem-Est. La colonisation continue. Et la libération de 400 prisonniers palestiniens ne trompe personne en Palestine, quand 40 députés et ministres palestiniens restent détenus en otages en Israël. En acceptant un État palestinien coupé en deux, avec Gaza ghettoïsé (lire ceci), soit exactement ce que Yasser Arafat avait refusé à Camp David en juillet 2000, Mahmoud Abbas a franchi le Rubicon de la collaboration…

Pierre Vimont

Souscription 2007 / 150000 €
récoltés 94000 €/ manquent 56000 €

Non, la LCR ne sort pas ruinée de l’élection présidentielle : nous avons construit notre budget de campagne de manière à ce qu’il soit couvert, pour l’essentiel, par le forfait de 800000euros accordé par l’État à chaque candidat. D’autres partis ont été moins prudents… Renforcée, non seulement par le nombre de voix qui se sont portées sur Olivier Besancenot, mais aussi par l’écho de la campagne, pour la première fois, la LCR a présenté ou soutenu plus de 500 candidatures aux élections législatives, beaucoup plus que ce que nous avions prévu et budgétisé. Et là, pas de remboursement de l’État.

Mais les activités de la LCR ne s’arrêtent pas à cela :
– Nous voulons que de nombreux jeunes, chômeurs, salarié-e-s précaires puissent participer à notre Université d’été, au-delà des contraintes financières.

– Nous voulons pouvoir être présents, dès maintenant, avec des affiches, des tracts contre la politique de Sarkozy et sa bande de tueurs des droits sociaux et démocratiques.

– Nous voulons que notre hebdomadaire, Rouge, puisse vivre.
Nous savons que vous comptez sur la LCR pour les luttes futures. La LCR compte sur vous pour l’aider à les mener. En 2006, comme en 2005, nous avons réussi la souscription et dépassé les 150000 euros. En 2007,nous ne doutons pas que nous ferons aussi bien.

D’avance, merci à toutes et tous

Participez à la souscription en envoyant vos chèques pour "lcr souscription" à lcr31 9, rue corneille 31300 Toulouse